Titre étrange, ce n’est pas dans mes habitudes de donner un titre qui ne tient pas debout !

Avant d’écrire la suite, il faut que je précise que même si je me trouve stupide, je n’ai nullement l’intention de sauter par la fenêtre. Je constate c’est tout et comme je l’ai dit je pense qu’il y a une explication à tout cela.

Mon précieux m’a dit un jour qu’il était dans les renoncements.
Moi j’emploirai plutôt le mot résignation.

Je suis dans la résignation et je n’aime pas cela du tout.

D’un côté je devrais m’en réjouir. Vu mon âge avancé, il serait temps que je réalise certaines choses et que je regarde la réalité en face. Bien sûr il y a des choses facile à faire, ” Check ” comme disent les djeuns. Exemple : je ne saurai jamais faire un triple salto arrière, je ne serai jamais acrobate, je ne serai jamais sportive.  Je n ‘écrirai jamais un best seller. Je ne serai jamais ministre ou présidente. Ce genre de résignation me ferait plutôt éclater de rire !

La résignation je n’aime pas ça, mais heureusement pour moi ce n’est pas la reddition. Parce que là ce serait l’horreur totale.

Mais voilà en vrac quelques résignations : je ne pourrai jamais être aisée, pas riche seulement aisée, me dire que l’argent n’est pas un souci. J’aurai toujours des nuits agîtées quand une dépense imprévue se pointe.

Je ne pourrai jamais racheter la Sauvageonne, de toutes façons pour l’envisager il faudrait envisager la mort de Martine.

J’aurai toujours des vieilles voitures, j’aurai toujours un logement moyen. Je n’aurai jamais une cuisine correcte, un salon avec coin salle à manger (c’est dire que la table et les chaises seront prêtes à servir et non pas pliées et rangées). Je n’aurai une chambre de plus au cas où, ni une salle de bains moyenne avec la douche de mes rêves. Je n’aurai l’appartement de mes rêves (je n’ose même plus rêver de maison).

Je ne peux plus espérer reconstruire ne serait-ce qu’un quart d’une relation normale avec ma fratrie malgré ma bonne volonté. Il reste juste à conserver dans le formol des politesses et des relations cordiales. Ainsi que des sentiments qui n’ont aucune utilité puisqu’ils ne sont pas suivis d’actes.

Je ne peux plus éspérer un travail qui me plaît un minimum, tout se dégrade et la nouvelle garde est pire que l’ancienne, et pourtant nous pensions que ça ne pouvait pas être pire.

Il y a peut-être d’autres résignations qui ne viennent pas à l’esprit pour le moment. Mais il y a pire, oui  toujours pire.

La raison pour laquelle que je me trouve stupide en ce moment :

Il n’y a pas eu de grands changements dans ma vie, mais il y en a eu dans ma tête. Depuis l’été dernier, ou peut-être même avant.

Le travail entre autres. Je ne suis pas de ceux qui râlent et n ‘agissent pas. Je bouge. Quand j’avais fait le tour, quand j’en avais assez tous les 5 ans en moyenne je changeais de poste. Bien entendu l’herbe n’est pas plus verte ailleurs, mais apprendre un nouveau travail, croiser de nouvelles têtes, voire changer de site, ça fait du bien.
Mais maintenant je ne peux plus. Cela fait plusieurs années que j’essaye. Malgré tous les beaux discours sur la mobilité le système est bloqué. Cela a toujours été un peu vrai, mais cela ne s’arrange pas. Et puis il y a tout ce qui ne se dit pas tout haut : ma petite dame, à choisir je préfèrerai quelqu’un de plus jeune.

Alors je me sens en prison et je ne supporte pas la prison.

Le deuxième changement dans ma tête c’est celui là : je n’ai jamais été passionnée par le travail en général et le mien en particulier, mais je voyais les bons côtés. Le côté relativement confortable.
Aujourd’hui j’en ai assez, je n’ai plus envie, j’arrêterais demain si je pouvais.
Et je ne peux rien faire. Je suis en prison. Je dois continuer à me lever le matin, à supporter les transports et les grèves, à rentrer de plus en plus fatiguée, même si je sais qu’un jour cela aura une fin.

Et le dernier changement le voilà. C’est peut-être le plus important. Plutôt positive, j’ai toujours dit que je suis née ici, que l’on est pas plus mal ici qu’ailleurs, que l’on peut être heureux partout et que je ne voyais pas de raisons de partir au Sud sous prétexte que mes filles sont parties.

Et tout cela je ne le pense plus du tout. Je parle de l’été dernier, mais je pense que ça devait ” couver ” depuis longtemps. Aujourd’hui je n’ai qu’une envie : partir vivre à Grande Ville du Sud. C’est mon Saint Graal, mon Amérique, mon étoile du berger.
Cette envie est à la fois un grand bonheur, une grande aventure, mais aussi une douleur. Car là aussi il faut me résigner !
Ma vieille toi qui t’es toujours trouvée bien là où tu étais, il faut maintenant te résigner à être comme beaucoup de gens : ceux qui ne rêvent de partir vivre ailleurs !

Et là aussi je ne peux rien faire. Je ne peux rien faire et je ne supporte pas de ne pouvoir rien faire. Je suis en prison et je ne supporte pas les chaînes.

Alors c’est peut-être pour ça que je me sens stupide ! Parce que je ne peux rien faire, parce que je suis en prison.

Vous allez sûrement me demander, (ou alors ne rien me demander parce que vous avez lu en diagonale et que vous vous en moquez) quelle est ma renonciation côté cœur ?

Alors là je vais vous décevoir ! Je ne renonce pas ! Jamais ! Je ne renonce pas à tomber amoureuse, même si je me trompe, je ne renonce pas à aimer dussé-je y laisser des plumes. Le cœur ne vieillit jamais. Jamais je ne pourrai dire : c’est fini pour moi. Reposez-moi la question dans dix ans si vous voulez.
Et puis je ne suis ” morte d’amour ” que pour mon premier amour, je me suis relevée bien plus vite pour le second.

Et si il reste une part de rêve que l’on ne pourra pas m’enlever, c’est bien celle là.