nuagerose1D’aussi loin que je me souvienne
Bribes d’enfance, bouts de scène
Ta voix ton visage et ta main dans ma main
Et nos pas sur le même chemin

Partie 1 ! Il m’en faudra combien de parties ? Une dizaine sans doute ! Je l’ai déjà évoqué brièvement dans . Il est temps maintenant que je me lance. C’est encore un billet que j’ai sans cesse remis au lendemain. Aussi douloureux que celui sur la maison de campagne !

Laurent et moi nous nous sommes connus à 5 ans.Je m’en souviens encore j’étais sur mon vélo rouge.  C’est loin j’étais une enfant mais je suis sûre que j’ai pensé : je vais l’aimer toute ma vie. Peut-être que ce souvenir là je l’ai inventé après. Mais l’image de lui je la vois encore.
J’étais timide. Pas lui, il est venu vers moi et m’a apprivoisée. Sa façon de dire mon prénom a toujours été unique. J’étais en admiration devant ce petit garçon plein d’imagination. Nous avons joué à toutes sortes de jeu, fait d’innombrables tour en bicyclette… Il me racontait des histoires extraordinaires, moitié inventée, moitié réelles. Il s’est même battu avec le petit garçon de la ferme pour mes beaux yeux. Plus tard nous nous sommes retrouvés toute une bande d’enfants, comme  je l’ai déjà raconté.

Nous ne sommes jamais quitté. Nous avions le même âge. Donc il évoluait plus lentement que moi. À 13 ans je suis tombée amoureuse de lui, mais c’était un vrai bébé ! Ça m’a passé très vite cet amour qui ne devait pas en être un ! À 14 ans alors que ça faisait déjà un moment que je me regardais dans le miroir en me demandant si je pouvais plaire et où je passais mon temps à parler de garçons avec mes copines, il chahutait encore avec mon frère et ses copains. Mais il ne fallait surtout pas dire du mal de lui ! Mes copines me demandaient pourquoi je défendais ce gamin, ce que je lui trouvais, pourquoi je traînais encore avec lui…
C’était comme ça. On s’aimait. Je n’avais pas conscience d’attendre qu’il grandisse, mais peut-être était-ce que je faisais.

Durant cette période qui aurait du normalement nous séparer, je mes souviens que nous nous écrivions de longues lettres l’été, période où je partais un mois dans le Sud avec mes parents.

L’été de nos 16 ans, Laurent partit en Angleterre et m’écrivit une lettre bizarre pleine de sous entendus à laquelle je ne compris pas grand chose. Sauf qu’il fallait absolument qu’il me parle en rentrant. Il disait aussi qu’il m’avait écrit une première lettre qu’il avait déchirée, il était troublé et ça m’aurait “amusée”.
Laurent et moi avons toujours eu le goût des lettres. Bizarrement j’ai toujours eu la chance de rencontrer des garçons qui aimaient écrire ce qui est assez rare. Il savait à quel point l’écrit était important pour moi. J’ai gardé toutes ses lettres, lui a gardé les miennes, beaucoup plus nombreuses d’ailleurs !

Nous nous revoyons en septembre. J’ai la nostalgie de ces vacances scolaires qui duraient jusqu’en septembre ! Il me parle de sa copine rencontrée en Angleterre. Elle me ressemble. Pas physiquement mais de caractère. C’est de là que vient son trouble. Et il veut savoir bien sûr où  j’en suis moi. Il se doute que j’ai mûri avant lui, que j’ai pris de l’avance, combien j’ai eu de petits copains pendant qu’il jouait encore à la chasse au trésor ?

À compter de ce jour nous devenons des confidents, des âmes soeurs, des inséparables. Comme toujours lorsqu’on est ado on a besoin de dire les choses, de mettre les points sur les i alors que ça va sans dire !
Toi et moi on se ne quittera jamais, on se ressemble. Tu es mon frère, ma soeur. On ne sera jamais ensemble, mais on sera toujours ensemble, même quand on sera vieux, mariés, avec des enfants…
Nous n’attendons même plus le week-end pour nous voir, nous nous écrivons quand nous sommes à Paris. Écrire c’était important mais pas seulement : je suis restée longtemps timide avec le téléphone. Surtout à cette époque où il fallait dire : “bonjour monsieur, madame, pourrais je parler à Laurent”, et quand les parents cruels disaient : “de la part de qui ?” c’était horrible ! Mes ados ont de la chance, vive les portables ! Cela dit je n’ai jamais torturé ceux qui appellent sur le fixe en demandant : Ouuiii de quiii est  ce la paaaart je vous prie ???

C’est lui je crois qui a du lancer la mode du téléphone entre nous le premier. Il était extraverti, j’étais réservée. Trop sociable et je préfèrais la qualité à la quantité. Je lui reprochais souvent de vouloir se faire aimer au point de perdre du temps dans des conversations banales avec des gens sans intérêt. Mais j’en reparlerais plus loin.

J’écrivais un journal depuis l’âge de 13 ans et à cette époque (quel courage !) j’écrivais tous les jours. Pas une conversation, une impression que je n’ai pas notée. Il le savait, ça le fascinait. Pour lui mon journal était comme un espion, un troisième oeil qui nous observait. Souvent quand nous étions en bande, il m’en parlait ensuite en me disant : “quand je pense que tout ça, tout ce qu’on a dit, tout ce qu’on a fait, tu vas l’écrire !” Journal ou pas, j’ai toujours eu une mémoire d’éléphant !
Alors souvent il venait lire mon journal, nous nous enfermions dans le grenier et nous restions des heures. Mes parents ne voulaient pas croire que nous étions sages… ben si ! Je lui interdisais cependant certaines pages ! J’écrivais aussi des poèmes, des romans, et je lui demandais son avis.
Il était loin d’être impartial ! Il trouvait ça magnifique, merveilleux, quel talent ! Il faut absolument que tu publies !
Je lui racontais mes flirts, je pleurais sur son épaule mes déceptions. Mais ça n’était rien de bien important à l’époque, juste une envie de plaire sans doute. De longues années durant j’étais bourrée de contradictions. Trouver le garçons idéal, (mais je mettais la barre si haut que je ne le trouvais pas), et surtout ne pas m’engager, m’amuser !

Si j’ai toujours voulu des enfants, enfin plus exactement si je n’ai jamais imaginé une vie sans enfant, je pense souvent que cette quête du prince charmant (commune à ma soeur et à moi) était plus dictée par une certaine pression due à l’éducation. Ma mère, surtout ma mère, n’avait qu’un seul discours : mariez vous, ayez des enfants, le même probablement que sa propre mère. Du coup ma soeur vivait dans une sorte d’angoisse de ne jamais trouver sa moitié d’orange et ce, très jeune. À dix ans on choisit déjà sa robe de mariée, on fait la liste des invités, on se demande comment sera notre maison. Et quand on joue aux barbies, ce sont des soeurs, des femmes avec un Ken chacune et un enfant.

J’en parle un peu dans La vie de famille, mais si je regarde en arrière, tout dans mon comportement des  années durant montre un grand amour de la liberté, une peur de l’engagement, une envie de s’amuser. Mais mon discours est différent, et l’angoisse (moins grave que celle de Camomille) est là.

Je m’égare, revenons en à nos moutons, ou plutôt aux vaches normandes. Arrive l’époque où les deux bandes, les paysans et les parisiens se réunissent. Pour ma plus grande joie puisque j’avais du mal à être coupée en deux et à voir mon ami isolé. Seulement voilà Laurent revoit la petite fille de la ferme, la capricieuse, appelons là Brenda, une vraie caricature ! Et il a la très très mauvaise idée d’en faire sa petite amie. Elle est jolie, on peut comprendre… Elle lui fera une vie d’enfer, et à moi aussi par la même occasion !