Nous parlions au téléphone. Il me dit qu’il a l’impression d’avancer dans la vieillesse et d’être dans le renoncement.
Cela m’attriste pour lui. Il pense que je suis trop jeune pour ressentir cela.

Cela m’a donné à réfléchir, et pas seulement à mon cas personnel, pas seulement à lui.

Je pense à un exemple récent, mon anniversaire par exemple. Bien sûr cela me fait plaisir quand on me le souhaite. Mais depuis que j’ai des enfants, ai-je envie de faire une vraie fête ? J’ai longtemps rêvé d’une fête surprise, aujourd’hui je ne sais pas si j’aimerais ça ! Je dirais à mes filles, un petit comité à la rigueur, je préfère la qualité à la quantité, mais vu la taille de ma tribu un petit comité c’est difficile.

La vie n’est elle pas faire de renoncements ?
Ne renonçons-nous pas à nos rêves et ce dès le plus jeune âge ?

Quitter l’enfance peut être pour certains terriblement douloureux. Le père Noël n’existe pas, nos parents ne sont pas des saints, juste des humains, et ils ne sont pas forcément à notre écoute quand nous allons mal.
Plus tard renoncer aux études qu’on aurait voulu faire, au métier qui nous aurait plu, changer de lieu d’habitation pour cause de travail.

Renoncer à un troisième enfant, une fois que l’on est face à la réalité des choses. Renoncer à ce rêve de couple qui aurait duré jusqu’à ce que l’on soit grands-parents, nous ne vieillirions pas ensemble.
Et pour ceux qui restent ensemble et font rêver les autres, renoncer aux sentiments du début, se rendre compte que tout évolue.

Le sportif qui renonce à son footing du dimanche, car ses genoux ne tiennent plus le coup, le cadre qui renonce à une belle carrière, car il n’est pas assez ceci ou pas assez cela, ou trop ceci ou trop cela.

Et je ne parle pas des crises. Quel que soit le nom qu’on leur donne, crise d’adolescence, de milieu de vie, de la trentaine ou de la quarantaine. Des renoncements, mais beaucoup de renoncements en même temps et souvent liés à plusieurs événements déclencheurs.

Alors oui, comme tout le monde, j’ai du renoncé à des choses. Mais la plupart du temps sans vraie douleur, je vais y venir.

Je voudrais parler de ce phénomène particulier.

Récemment nous parlions de nos mères avec une amie qui a perdu sa mère âgée l’an dernier. Nous faisions les mêmes constatations : nos mères devenues aigries, tristes, se faisant sans cesse du souci pour tout et pour rien, ressassant les mêmes problèmes. Et pire encore : elles en veulent à tout le monde, mais sans jamais s’adresser à la bonne personne, toujours en se défoulant sur la gentille, la disponible.
Un médecin de famille m’avait dit que les défauts s’accentuent en vieillissant !
Mais Martine était une personne forte, positive, aimant la vie.
On ne pense jamais que âge et maladie venant, les personnes âgées aurait besoin d’anxiolitique ou autre. Martine refuserait probablement. Pourtant les choses évoluent. Quand elle était à l’hôpital, deux fois elle a reçu la visite d’un psychologue et a eu des anxiolitiques pendant un mois.

Je n’en suis pas là, nous n’en sommes pas là, mais nous le savons en observant nos parents. Et je pense qu’il faudra y penser plus tard. J’ai du mal à m’imaginer négative ou triste, mais sait-on jamais ?
Si j’en ai encore les capacités, j’essayerais de prendre les choses en main.

Je me souviens d’une publicité qui disait ” Chaque âge a ses plaisirs il faut goûter le temps venu “.

J’aime trop la vie pour avoir des regrets. Il y a des renoncements auxquels je pense et qui sont tellement positifs.
Parlons d’amour puisque c’est un sujet que je connais bien. J’ai cessé  un jour de sauter sur le lit de mes parents (que j’ai souvent cassé) parce que j’avais un petit copain, parce que j’avais séduit un garçon qui me plaisait.
Et tant mieux ! Cela veut dire que ma vie ne tourne plus qu’autour de cela, que j’ai cessé de penser que c’était presque un miracle de plaire !

” Tu verras le deuxième amour, ce n’est pas comme le premier ” ai-je dit récemment à un ami.
Certes c’est un peu triste, mais tellement mieux !
J’ai failli mourir d’amour pour mon premier amour, le deuil a été long et difficile. Quand j’ai pleuré le deuxième, je me réjouissais en même temps : ça fait beaucoup moins mal que la première fois, et ça durera beaucoup moins longtemps ! Et je n’avais qu’une hâte : que ma joie de vivre revienne !
Oui tellement mieux parce que dans ma vie, j’avais bien d’autres choses ! J’étais devenue ” quelqu’un ” une personne à part entière qui ne pense plus qu’elle n’est qu’une œuvre inachevée sans amour !

Une autre chose que je trouve positive : il m’arrive parfois de me dire que si je vais connaître encore des douleurs et des deuils hélas, mais je ne sais pas si je vais encore connaître de grandes joies.
J’ai pleuré de bonheur de rares fois dans ma vie. Deux fois quand on m’a posé des bébés filles sur le ventre. Bien entendu cela ne reviendra pas, mais je pense plutôt à des périodes d’euphorie.

Alors peut-être que je n’en connaîtrais plus mais tant mieux ! J’ai connu de longues années où les périodes d’euphorie alternaient avec des périodes de déprime. C’était épuisant.
J’ai acquis un certain équilibre. Et j’en suis ravie ! Cela aussi c’est la maturité.

 

Bien sûr ce n’est pas agréable de voir que nos corps s’usent, ou de devoir aller plus souvent chez le médecin. Mais contrairement à ce que disent les pubs, on ne peut pas dire non au vieillissement, ou dire non aux rides.
Quand j’étais jeune fille, une mamie, amie de ma grand-mère m’avait dit que les gens calmes comme moi avaient moins de mal à vieillir. Cela me paraissait très loin, mais elle avait raison.
Les autres auront peut-être plus de choses à changer, mais c’est sûrement intéressant.

Alors on renonce peut-être… Mais pour découvrir d’autres choses. Pour avancer dans la connaissance de soi.
Et si cela ne s’arrête jamais tant mieux. Nous ne sommes pas figés, nous aurons toujours à apprendre de nous, des autres, du monde qui nous entoure.

Benoîte Groult a beaucoup écrit sur son long chemin ” Les trois quarts du temps ” où elle explique que c’est après une longue période de vie, mariage, enfants, divorce qu’elle a pu enfin s’épanouir, savoir qui elle était, se libérer de son éducation. Les trois quarts du temps, elle n’était pas elle.

Il n’est jamais trop tard. JAMAIS
La tête ne vieillit jamais. Le cœur ne vieillit jamais.

Alors bel homme pour qui j’écris aujourd’hui… La vie est belle et longue et encore pleine de surprises. Tu as une flamme en toi qui n’est pas près de s’éteindre. Tu ne glisses pas vers une pente sans fin, tu évolue, tu grandis.