C’est le dernier mois d’une belle année. Je ne fais jamais de bilan, jamais de résolutions non plus, je sais que je ne les tiendrai pas. Mais je vais faire un billet bilan exeptionnellement. De mon année bien évidement, ne vous attendez pas à ce que je fasse une rétrospective de la France ou du monde en 2017. Ce sera pour un prochain billet.

Le radio réveil m’a réveillée mercredi avec une chanson de Johnny ” Moi ma gueule “, j’ai eu un temps d’arrêt, même sur  Chante France Johnny c’est rare. La seconde d’après, j’apprenais sa mort. C’est la première fois que j’apprends la mort d’une célébrité au saut du lit.
Je dirai la même chose que tout le monde. Je n’achetais pas ces disques, ma culture musicale du rocker français s’est arrêtée à l’époque de la maison de campagne, quand nous achetions les 33 tours de rétrospective de sa carrière (donc plutôt les tubes de ses débuts) et que le Pénitencier est devenu le slow de nos premières boum, ainsi que le symbole inaltérable de la bande de copains de la Folie.


Donc je dirai la même chose, je n’étais pas fan, mais ça fait quelque chose. C’est la jeunesse de mes parents le rock et le twist (mes parents dansaient le rock comme des dieux). C’est l’époque OK Age Tendre, les émissions de Maritie et Gilbert Carpentier, qui ne connait pas Johnny, Sylvie et leur bandes d’amis ?
J’ai d’ailleurs envoyé un SMS à Martine qui m’a répondu qu’elle était triste :  Il avait une voix magnifique et c’était un très beau garçon.
Et son enfance qui contribue à la légende.
J’avais lu l’autobiographie de Sylvie Vartan dont l’histoire est aussi atypique, comme le fait qu’elle se retrouve dans le show-biz pas du tout le  la famille d’où elle venait. Pour l’époque c’était plutôt rare.

C’est bien qu’il reste quelques ” vieux ” dont Marc mon précieux pour partager cette nostalgie d’une époque qui s’en va !
Mes filles m’ont dit que ça les saoulait et qu’elles s’en contrefichaient !

Il y a quelques siècles, j’avais la vingtaine, une amie voyant mon indifférence totale à l’annonce de la mort d’un chanteur, ou d’une chanteuse je ne sais plus, m’avait demandé : ” pour quel chanteur te ferait vraiment quelque chose le jour où il mourra ? “
J’avais cité Johnny sans hésiter, et je n’ai oublié ce que j’ai dit à l’époque. Même si bien entendu ce qui reste est surtout une image du passé, de ses débuts, pas la suite de la vie de l’artiste.

Aujourd’hui j’ajouterai sûrement Eddy, plus discret que son frère du show-biz.

La nostalgie me fait toujours un peu peur quand je la ressens. Ou quand je l’entends chez mon précieux… ou encore d’une manière plus dramatique chez Martine.

Mais j’ai du mal à expliquer cela clairement.
Certes nous n’avons plus 20 ans. Je parle de moi bien sûr mais aussi de tous ceux qui m’entourent de près ou de loin. Nous ne voyons plus la vie comme un grand champ plein de promesses, l’avenir comme l’infini. Nous avons conscience qu’il y a plus d’années derrière nous que devant.

Pourtant nous vivons de plus en plus vieux !
La phrase qui me faisait rire quand j’étais jeune ” tant qu’on a la santé ” aujourd’hui je suis bien obligée de me dire que OUF j’ai la santé !
Un peu comme les vœux du nouvel an, ” la santé surtout ” quand on est jeune on veut tout : de l’amour, des sous, un travail, un avenir, la santé on s’en cogne surtout si on est en bonne santé !
Nous vivons de plus en plus vieux, mais nous nous demandons comment. J’envie une tante de 80 ans qui a une pêche incroyable, je plains cette autre qui n’a que des soucis de santé et perd la tête par dessus de marché ( tiens une expression de vieux ! )

Cependant je me refuse à laisser la nostalgie empiéter sur ma joie de vivre.
C’est pourquoi elle me fait peur.
Je dirai qu’il y a deux grands volets dans la nostalgie. En voici un :
J’ai toujours essayé d’évite le ” c’était mieux avant “.
Même si hélas parfois… Avant nos parents savaient lire, écrire, compter, même si ils n’avaient pas fait de longues études.
Et puis je trouve qu’il y a tellement de choses qui sont mieux maintenant ! Pour la technophile que je suis par exemple. Et la place des femmes dans la société… Je sais je sais, il y a encore des marges de progression.

Oui je préfère voir le verre à moitié plein.

L’autre volet est plus personnel, plus propre à chacun.
Et cette nostalgie là je la ressens aussi. Comme beaucoup d’ainée, je connais mieux l’histoire de mes parents, de mes grands parents que ma fratrie. Je retiens tout mais j’écris tout aussi, comme lorsque j’ai interviewé ma tante Liliane, 80 ans. J’ai aussi pris beaucoup de photos. Beaucoup de cousins, cousines, oncles et tantes aiment partager avec moi ces souvenirs. Et c’est un peu triste de se dire qu’un jour il n’y aura plus grand monde pour se souvenir de tout ça. Et que ceux qui ont un lien avec toute ces histoires n’auront aucune envie de les entendre ” oui on sait tu as connu les dinosaures ! “.
Heureusement pour moi mes filles ne sont pas comme ça, elles aiment entrendre l’histoire de leur grands-parents ou arrière grand-parents.

Et puis il faut bien le reconnaître, j’en ai déjà parlé ici :  ” nous ” aussi nous avons vécu une vraie révolution. J’ai appris à écrire avec un porte plume et de l’encre violette, j’étais la dernière, j’ai connu l’arrivée du stylo, ma sœur n’a pas connu le porte plume. J’ai connu la télé en noir et blanc à dix ans et je m’en moquais, j’avais appris à m’occuper autrement.

Je n’ai pas la nostalgie de ces années là. Mais peut-être d’un monde qui n’est plus. Même les bonnes manières paraissent superflues. Et l’on paraît vieille école si on ose le dire tout haut.

Peut-être que le second volet rejoint le premier… Je vous l’ai dit ce n’est pas facile à expliquer.

Voilà un autre aspect encore qui n’a sans doute rien à voir avec la nostalgie. J’en ai déjà parlé aussi.

Et là j’ai vraiment très peur quand je le ressens.
Quand je me dis que j’ai l’impression que je ne vais plus vivre de grandes joies, mais plutôt des deuils. Voir vieillir puis mourir ses parents. Apprendre régulièrement la mort d’un membre de la famille éloigné ou d’une connaissance, ou encore apprendre que la maladie a frappé.
Me demander ce qui m’attend, ces choses inéluctables contre lesquelles je ne peux rien. Un jour Martine ne sera plus là, la famille s’éloignera comme les branches d’un arbre s’écartent du tronc.

Tout ce qu’il a de bon dans ma vie, je le connais pourtant.

Martine va avoir 77 ans demain.
Chez elle c’est plus que de la nostalgie. C’est catastrophique. Elle ne voit plus que le négatif, jamais le positif. Quand je lui dis elle me demande : c’est quoi le positif ?
- Je ne sais pas. Que grâce aux progrès de la médecine tu sois encore là alors que tu aurais pu mourir en 2015. Que tu as 4 enfants pas trop mal et qui s’entendent bien même si ils se chipotent ! Qu’ils habitent tous à moins de 5 km de toi, dont un à l’étage au dessus. Que tu es très entourée, que tu as 10 petits enfants et toujours de la visite. Je sais tu vas me dire que j’ai fait deux rebelles qui sont partis vivre dans le Sud !
Que tu as encore la Sauvageonne et que tu as eu une bonne vie !

Voilà pourquoi la nostalgie et les pensées pessimistes me font peur. Qu’importe combien d’années il me reste à vivre, je veux les vivre comme j’ai toujours vécu : avec mon côté oiseau des îles, mon optimisme et ma joie de vivre.
Même si la nostalgie peut-être présente : mais je voudrais qu’il soit bon d’évoquer une vieille chanson, ou un souvenir.
Un plaisir de partager avec quelqu’un des choses que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître.

Et j’aimerais qu’il en soit de même pour toi mon précieux.
Je sais parfaitement ce que tu ressens, même si tu me dis toujours que je suis jeune !
J’accroche un rayon de soleil à la nostalgie.
La route est belle et encore longue !