À une période c’était la mode des ” relations publiques ” même si on le disait en anglais. On apprenait à tout le monde à se faire un carnet d’adresses, aussi bien dans le travail que dans la vie privée. Être ” public relations ” ou ne pas être. On apprenait des petites astuces : ” tiens j’ai un ami qui pourrait t’aider “, en glissant la carte de visite de l’ami en question, donnant ainsi l’impression de le connaître très bien, alors que le ” public relation ” n’a fait que lui demander ses coordonées.

J’avoue que cela m’a toujours fait sourire parce que j’ai fréquenté de près des ” publics relations “. Ma sœur Camomille et mon ami d’enfance. Si tant est que j’ai eu envie de devenir comme ça, je n’aurais pas eu besoin de leçons !
Oui ça me fait plutôt sourire ces gens qui ont tellement besoin d’être connus et reconnus. Ces gens ont cinquante noms dans leur carnet d’adresses, mais pas forcément de vrais amis. À peine débarqués dans un village de campagne pour les vacances, ils serrent la main du patron bistrot et connaissent tous ceux qui valent la peine d’être connus… selon leur critères.

Dans le travail c’est bien entendu efficace. Nous avons tous constaté que celui qui travaille sans faire de bruit a moins de chance d’avoir une promotion que celui qui travaille moins mais sait se faire remarquer !

Inutile de dire que c’est aux antipodes de ce que je suis. Je suis trop discrète pour m’imposer, et je fais passer l’être avant le paraître.

Mais ce n’est pas le sujet que je voulais aborder. Je pensais aux gens qui s’imposent. Ceux là ne cherchent pas à se faire remarquer ni à avoir un carnet d’adresses. Ils peuvent même avancer masqués.

Je me souviens d’un stage où le formateur avait dit  :  Lorsque vous arrivez dans un nouveau poste, méfiez du collègue qui vous saute dessus à peine arrivé, c’est probablement le moins bien intégré !

Je l’ai vécu il y a longtemps. Une femme d’un certain âge, très gentille au premier abord. Mais elle passait son temps à raconter tout ce qu’on avait pu lui dire et lui fait, et quand elle commençait à parler, impossible de l’arrêter. J’ai bien vite compris que c’était une personne parano, persuadée que tout le monde surtout les chefs lui en voulait.
Comme je suis une gentille, je ne savais pas comment m’en débarasser. D’autant qu’avec ce genre de personne, dire les choses gentiment et fermement ne sert pas à grand chose. Une personne qui s’impose est aveugle. Elle ne voit pas les signes d’agacement, elle ne voit pas qu’elle parle seule. Elle enrobait le tout de petits gestes gentils en apparence : je t’offre un café, je t’ai apporté des gateaux.  Ce qui est spontané entre deux personnes qui s’apprécient devient insupportable quand on a rien demandé. Bien entendu elle n’était pas intégrée, c’était triste et pathétique, mais c’éait elle qui avait engendré cela.

Je me souviens d’une copine, appelons la Lucie, qui m’avait raconté une histoire similaire. Une collègue mal intégrée, ayant remarqué que Lucie avait une cafetière dans son bureau lui dit : ” je vais t’acheter du café “. Depuis elle vienait tous les matins prendre un café, bref elle s’est imposée ! Difficile de dire ” non tu ne viens pas boire le café que tu m’as acheté “.
Et les phrases du genre : ” mais non pas la peine de m’offrir du café ” ne sont pas entendues.

Au travail, on peut toujours s’en sortir, on prétexte un dossier urgent à finir. Mais quand cela arrive dans la vie !
Je vous ai déjà parlé de Didou. Bien sûr j’étais plus jeune, plus timide et je n’ai certainement pas su mettre les bonnes distances.

Il n’y a rien de pire que quelqu’un qui a décidé de vous choisir comme amie alors que ce n’est pas réciproque ! Une personne que l’on considère comme une simple relation et qui insiste : ça te dirait d’aller au resto ?
C’est triste pour la personne qui s’impose. Triste qu’elle n’ait pas vu l’absence de signes, triste qu’elle ne sache pas que les choses se font naturellement ou ne se font pas.

J’ai toujours trouvé agaçant ces mêmes personnes qui vous disent : ” toi tu es comme moi ” ou ” tu penses comme moi !”
Comment peuvent-elles arriver à une telle conclusion ? Alors que si elles me connaissaient elles verraient que je ne leur ressemble pas du tout !
Sont-elles à ce point incomprises qu’elles croient voir en l’autre l’ami idéal ?

Car ces personnes se comportent ainsi avec tout le monde.

Je me souviens de mes débuts dans les danses latinos. Une femme dans la soixantaine qui venait de se séparer de son mari. Elle voulait à tout prix se faire des amis et fonçait dans le tas. Bavarde invétérée sa réputation la précédait. Lui donner son numéro de téléphone c’était recevoir dix coups de fil par semaine. Parler devant elle d’une soirée c’était prendre un risque : tu peux m’emmener ?

Et si vous faisiez l’erreur de dire oui, à la fin de la soirée elle disait : bon ben on fait ça toutes les semaines OK ?

Plus elle s’imposait plus les gens se braquaient ce qui est normal. Elle ne comprenait même pas les signes évidents. Nous avions un ami commun aussi m’a t elle demandé en amie sur FB. Voyant que je n’acceptait pas elle m’en a parlé. J’ai dit que non je réserve ça aux proches.
Ma réponse ne lui a pas suffi, elle est allée se plaindre de moi à notre ami commun !

Bien sûr on peut avoir pitié. Mais la pitié n’est sûrement pas ce qu’elle souhaitait inspirer.