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C’était une fin d’après midi d’été. Je quittais le bureau pour rejoindre ma station, je marchais dans une rue calme du 13ième. Un inconnu s’arrête en voiture à côté de moi. J’ai la bonne tête de ceux à qui on demande toujours le chemin, donc rien de surprenant.

Il a un fort accent italien. La trentaine, costume cravate, voiture noire, plutôt pas mal de sa personne.

Je comprends très vite qu’il ne cherche pas une rue, je ne sais pas pourquoi ce soir là, je suis peut-être moins pressée que d’habitude ou en forme, toujours est-il que j’écoute son baratin jusqu’au bout !

Il m’explique qu’il est italien (sans rire) qu’il est exposant, qu’il vend des sacs en cuir de qualité, tout droit venus d’Italie, il a fait une expo au Bourget et doit reprendre son avion à Orly.

Malheureusement il n’a pas réussi à vendre tout son stock.

Je suis du genre terriblement méfiante et très logique, déjà les signaux rouges clignotent sur mon tableau de bord :

Mon pauvre gars, une expo au Bourget, un avion à Orly et tu te retrouves dans le 13ième, il va falloir changer de GPS !

Et puis depuis qu’il a commencé à baratiner, j’ai le sentiment que ce type travaille ou habite dans le coin, ça se sent ces choses là !

Il me dit : vous travaillez dans la mode ?
J’éclate de rire… lors de l’échange, j’ai bien ri et plus d’une fois !
Je n’ai ni la tête, ni le look pour travailer dans la mode, sûrement une flatterie, me prendrait il pour un corbeau qui tient en son bec un fromage ?

Il me demande où je travaille, ce que je fais, je dis inspectrice des impôts ça n’a pas l’air de lui faire peur.

Il me parle de ses sacs de la marque Machin. Je ne connais pas mais bon je ne suis pas une référence en la matière, de toutes façons jamais je ne mettrais ce prix dans un sac, italien ou pas.

- Je les vends… prix exhorbitant… pour vous je vous en vends deux à .. prix plus que bradés.

Il me montre les sacs. C’est vraiment du cuir, mais bon, il les a peut-être volés !

Je réponds que je ne suis pas intéressée. Mais il insiste, il insiste, il baratine !
Bonimenteur comme disait ma grand-mère, j’aime bien ce mot…

- Je n’en veux pas ! Si ça se trouve vous avez caché de la drogue dedans ! ” dis-je en riant !

- Ça alors ! Vous êtes tous comme ça vous les français ! Je suis un exposant, je ne suis pas un bandit !

Il prononce bindi.

Après il m’explique son plan : il veut acheter des parfums Guer*lain, mais il est limité, pour les achats comme il voyage, blabla… Alors il m’emmène en voiture sur les Champs Elysées et je lui achète juste deux parfums, et en échange j’ai les sacs !
- Oui vous comprenez je veux faire une surprise à ma femme et à mes filles…
petite note bien vertueuse et rassurante.

Sans rire ça marche ça ? Il y a des femmes prêtes à monter en voiture avec un parfait inconnu pour aller acheter du parfum sur les Champs ?
En admettant qu’il n’en veuille pas à ma virginité (ben quoi il n’y a pas d’âge), en admettant qu’il ne me kidnappe pour m’enfermer dans son garage…
Admettons qu’il soit juste un escroc, c’est quoi son truc ? Me faire payer cher pour des sacs trouvés je ne sais où ? Car déjà ça change la donne ! Tout à l’heure on était à 40 € les deux sacs, et là deux parfums Guer*lain, il croit que je ne connais pas les prix ? Ou alors il a un complice qui va me voler ma CB, regarder mon code ou autre blague !

Mon pote, si tu as envie d’acheter des parfums, ben tu les achètes toi même !
Et puis pourquoi les Champs Elysées ? Pour faire classe ? Il y a sûrement une parfumerie Place d’Italie, pour un italien tu n’es pas doué ! Mais bon faut reconnaître qu’il a un GPS un peu spécial !

J’ignore combien de temps a duré ce petit échange, pas très longtemps, mais bref j’en ai marre du loustic. Je lui dis qu’il est mal tombé avec moi, ma CB est bloquée, je suis interdit de chéquier et je dois avoir 1 € dans mon sac. Il soupire me dit qu’il ne me croit pas, que je suis trop méfiante et que je ne sais pas ce que je perds… Fin de l’épisode 1 du loustic.

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Quelque temps plus tard, un midi je croise le loustic dans la rue. Il est plutôt grand. Toujours en costume. Il ne me voit pas.

Je le savais il travaille dans le coin !
Je me dis que ce serait marrant d’aller voir ses collègues ou son chef et de lui raconter ses magouilles !
À noter que dans le coin il n’y a que des bureaux. Des entreprises de bâtiments, des assurances, bref du tertiaire pas de créateurs de sacs à mains !

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Plusieurs mois plus tard, à la pause méridienne, je suis allée à la poste et je rejoins mon bureau dans une rue calme du 13ième.

Une voiture, qui roule dans le sens inverse traverse carrément pour s’arrêter à côté de moi en sens inverse de la circulation.

Le loustic !

Il a ouvert sa fenêtre et j’ai eu un mouvement de recul. J’ai une mémoire d’éléphant et je suis très physionomiste.

Je ne sais pas ce que j’ai dit, mais le type est outré :
- Vous êtes agressive ! Ça ne vous est jamais arrivé de demander un renseignement ?

Je me calme, après mon sursaut de surprise, il n’est pas dangereux, je veux bien lui laisser le bénéfice du doute, si ça se trouve il cherche une rue, le pauvre vu son GPS défaillant :

- Vous cherchez quoi ? lui dis-je

Avec une question aussi fermée, dur de me répondre : un parfum !

Il hoche la tête de droite à gauche, non pas la peine. Ou alors il m’a reconnue mais j’en doute.

Du coup il repart à la recherche d’une autre proie. Dommage, je n’étais pas préparée, j’aurais pu dire : vous avez encore un stock de sacs ?