Lorsqu’Artémis était encore adolescente j’avais lu une réflexion qu’elle avait écrite : On dit que l’argent ne fait pas le bonheur, mais alors pourquoi je suis si heureuse quand je vais faire du shopping ?

Grande question !

Bien sûr un petit malin a ajouté : mais il y contribue…
Quant à moi j’ai dit souvent : l’argent ce n’est pas le bonheur, mais c’est la liberté !
En tant que femme qui a divorcé, je n’ai pas connu les sort des anciennes générations : en prison faute d’indépendance financière. Certes je me suis posée des questions de toute sortes, mais ma liberté je l’ai retrouvée.

En cette période de Noël où je fais la liste des cadeaux et autres achats indispensables, je suis souvenue de cette phrase de ma fille. Le plus amusant c’est que c’est toujours Artémis la première qui lance les ” festivités ” auprès d’Athéna et moi. Dans notre chat permanent elle nous dit de commencer à faire la liste des idées de cadeaux, nous donne la sienne, nous demande ce que nous achetons pour Martine, Servane et ses deux filles.
Mais ce n’est pas le sujet. Mes filles sont généreuses, moi aussi. Offrir des cadeaux, préparer Noël, faire plaisir, c’est un autre débat et je vous ai parlé souvent de la magie de Noël.

Plus cigale que fourmi, j’ai du apprendre à me discipliner. Je fais des listes, (la liste de mes envies existait bien avant le livre), en essayant de séparer l’utile de l’inutile. Puis il m’arrive de rayer : non finalement ça je n’en ai plus envie !
J’achète de moins en moins dans les magasins, de plus en plus sur Internet, je vous ai déjà expliqué pourquoi (à cause du pavé).

Les magasins de vêtements me font fuir au grand désespoir de mes filles qui arrivent tout de même à m’y traîner de temps en temps. En plus moi je fonctionne au coup de cœur, j’achète, je sors. Alors attendre mes filles qui sont dans une cabine avec 5 pantalons à essayer, je ne vous fais pas un dessin.

Petite anecdote en passant. Lors de mon dernier voyage à GrandeVilleduSud, je lis dans mon guide qu’il y a une terrasse panoramique sur le toit des Galeries Farfouillette. J’ai pris l’escalator, un étage, puis deux puis trois, je passais à toute allure devant ces rayons femmes, hommes, enfants. Vite, vite sortir de là !
Cela m’amusait de penser que certaines sont aux anges dans cet endroit. Pas de chance pour moi, la terrasse était en travaux, donc inaccessible. Mais heureusement j’ai pu prendre un ascenseur pour descendre évitant ainsi ces rayons trop chauffés et dont les prix flambent aussi.

Je m’égare où en étais-je ? Ah oui ! Les achats sur la toile ont leur inconvénients, mais surtout leur avantage. Si au début comme beaucoup je me suis faite piéger par les achats en un clic, aujourd’hui je trouve ça bien de mettre des choses dans le panier ou dans ” acheter plus tard “.
Quand je reviens sur le site, il n’est pas rare que ” plus tard ” se transforme en ” jamais “. Un bon moyen de me discipliner.

Revenons-en à la grande question. Artémis était jeune, donc la question est : comment cela a t-il commencé ?

À quel âge avons-nous commencé à avoir des envies et à trouver que cela rend heureux de dépenser ?

Nous avons eu de l’argent de poche. Je me souviens d’avoir acheté des bonbons, et des images pour coller dans des albums. J’étais abonnée à un magazine pour jeune fille, et j’avais tous les livres que je voulais, bibliothèque rose, verte, Rouge et Or. Mes parents pensaient avec raison que la lecture est indispensable, donc ce n’était pas moi qui payait mes livres.

Ces dépenses n’allaient donc pas bien loin. Plus tard Camomille et moi achetions des vêtements de Barby, j’ai déjà raconté que c’était plus qu’un jeu, une histoire sans fin, deux familles de poupées.
Cédric lui économisait pour s’acheter des soldats de plomb et surtout des coureurs cyclistes. Aussi imaginatif que ses sœurs, lui inventait des courses qui duraient des heures et allaient d’un bout de la maison à l’autre.

Ces envies étaient-elles déjà quelque chose qui rend heureux ? Je n’en suis pas sûre. L’achat était rapide, les boutiques n’étaient pas une fin en soi. Le jeu était le plus important.

Puis est venu le temps des disques, des fringues et du maquillage pour les filles. Pour Cédric les vêtements ne sont pas venus tout de suite, en tout cas pas achetés par lui. L’argent de poche était devenu insuffisant à l’adolescence.
Je suppose que c’est là qu’ont du commencer les samedis dans les boutiques accompagnées par Martine qui comme beaucoup de mères pensait être là pour conseiller, mais était surtout là pour payer.

Les parents sont-ils responsables ? C’est possible.
Eugène n’y est sûrement pour rien. Il détestait le shopping. Quand je vois des magasins comme les Galeries Farfouillette, je pense souvent à lui. Nous avons connu le premier centre commercial et il ressentait un profond dégoût pour ces temples du luxe :  ” Comment ose t-on afficher de tels prix ? Qui peut se permettre d’acheter des chaussures ici ? C’est scandaleux ! Qu’on vienne se promener, je comprends, mais acheter ! “
Eugène n’aimait que les magasins de bricolage et aussi les brocantes et salles des ventes où je l’ai souvent accompagné et que j’aime toujours autant.
C’est quand je vois dans le métro certaines affiches que je pense comme lui : montre Montbuisson 600 €, bracelet Mégador 250 €. Est-ce vraiment le bon endroit pour ce genre de pub ? Vous savez qu’il y a des chômeurs dans le métro, des gens qui ont du mal à joindre les deux bouts ? Alors mettez-moi ça dans le supplément du Gorafi mais pas ici !
Bon je m’égare encore !

Martine nous a tant répété qu’elle avait connu la guerre, qu’ils étaient dix enfants chez eux que ses parents ont su rendre leur famille heureuse alors qu’ils étaient pauvres, que l’on pourrait croire qu’elle est économe.
C’est vrai par certains côtés. Certaines économies de bout de chandelles ont d’ailleurs tendance à m’agacer prodigieusement. À la Sauvageonne où je retrouve les manies de ma mère que j’ai tant cotoyées :
Bon sang mais change le sac poubelle au lieu de le bourrer, on ne pourra plus faire un nœud ! Mais jette moi cette éponge dégoutante et prends en une neuve !

Lorsqu’Athéna est née, je ne me suis trouvée un peu affolée devant l’amoncellement de cadeaux, de peluches, de jouets pour une nouvelle née qui mettrait tout de même un certain temps à en réaliser l’utilité ! Et c’est là que j’ai vu que Martine savait très bien dépenser !

J’ai souvent constasté combien les mères, toutes fières de leurs magnifiques filles se font un plaisir de leur apprendre à dépenser. N’allez pas croire que les garçons y échappent quel que soit l’exemple du père : Cédric a mis du temps à s’intéresser aux vêtements mais il est aujourd’hui plus dépensier que ses sœurs. Il fait toujours croire à Martine qu’il a acheté ce beau costume chez Neurodiff… Un jour Martine a réalisé qu’il n’y avait pas de rayon hommes chez Neurodiff.
Et bien entendu ça ne s’arrête pas aux vêtements. Luc mon beau-frère dépense des fortunes en matériel Hi-fi qu’il change régulièrement.

Pourquoi cela rend-il heureux ? Quand cela a t-il commencé ? Les parents sont-ils responsables ?
Même si je sais que beaucoup d’entre vous vont accuser la société de consommation.

Je n’ai pas la réponse à cette grande question. Mais un jour j’avais lu ” Si vous avez envie de tout, l’appareil photo qui fait tout, le sac à main à roulettes, le fauteuil en faux cuir, cela montre un solide appétit de vivre ! “

Je me reconnais bien là ! L’appétit de vivre ! La cigale qui chante tout l’été.

Quand je vois mes neveux, mes nièces, mes filles, je me dis que la relève est assurée. Et si je devais m’en inquiéter je me pourrais me rassurer en me disant qu’ils sont tous heureux de vivre !