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Avant de raconter un incident important, je vais raconter mes vacances dans les grandes lignes. Vraiment grandes, les lignes car je n’ai pas passé de bonnes vacances.

C’est une année de vaches maigres, je ne suis pas la seule à avoir le portefeuille un peu plat…

Donc j’avais prévu, en plus du séjour à la Sauvageonne une petite virée en Espagne, que j’ai du annuler.

Bien sûr il y a eu le temps maussade, mais aussi beaucoup d’autres choses.

J’ai du mal à supporter ma tribu. C’est triste à dire, mais c’est comme ça. Je ne passe de bons moments que lorsqu’il n’y a que mes filles, Martine et moi.

Ai-je changé ? Possible.

Je n’ai plus aucun plaisir à cohabiter avec ma fratrie. Peu de bons moments, aucune conversation intéressante, impossible de prévoir quoi que ce soit. Ils ne veulent pas sortir, n’aiment rien. Mes deux sœurs et mon beau-frère sont devenus des affolés de la calorie, j’avais préparé une fois un planteur, une autre fois des mojitos. J’ai du jeter la moitié du planteur et le mojito n’a eu qu’un succès mitigé.
Je pensais à mes amis, à nos rires, à nos cris de joie dès qu’on dit le mot “mojito”.

Ont-ils changé ? Possible aussi.

En tout cas Martine dit que mes sœurs vieillissent mal, râlent de plus en plus.

Nous avons fait pas mal de changements dans la maison, enlevé les lits superposés devenus inutiles pour mettre de grands lits, installé une grange pour les jeunes, l’autre pour les parents.

Mais Servane ne voulait jamais s’arrêter, changer pour changer telle était sa devise, mettre ce buffet là et l’autre ici,  tourner ce canapé et déplacer ce tableau… Heureusement elle ne sait pas les porter et comme les seuls capables de le faire sont mes gendres adorés, personne n’obéissait. Quand à Camomille, elle vit sa vie seule, ou avec son mari, à part pour les repas.

Cédric reste relativement agréable, comme d’habitude les hommes sont moins casse-pieds. Les ados sont sympas aussi, certes ils ne vident aussi pas leur cendrier, sèment partout des canettes vides, mais ils ne sont pas embêtants. Eux au moins sont contents d’être là entre cousins, ils s’amusent ils ne râlent pas. D’ailleurs Martine répète dix fois par jour qu’elle préfèrent ses petits enfants à ses enfants.

Mais à part avec mes filles qui sont des jeunes adultes, difficile d’avoir une conversation.

Quand à Martine elle passait son temps à se plaindre de ses enfants (sauf moi) en me racontant tous ses griefs, et bien entendu elle ne disait jamais aux personnes concernées…. mais à moi si !
Cela dit on peut la comprendre. Elle n’a jamais su s’imposer, du coup tout le monde fait comme si elle n’existait pas. Elle a 4 filles dans sa chambre (mes nièces puisque mes sœurs n’en veulent pas dans leur chambre), perso je ne suis pas parfaite mais mes filles ont dormi avec moi jusqu’à qu’elles soient en couple, on ne peut pas se payer le luxe d’avoir chacun une chambre). Du coup mes sœurs voulaient même enlever des meubles dans la chambre de Martine pour faire du rangement pour les vêtements, sans demander l’avis de Martine. Martine est épuisé mais ne dit rien… Sauf à moi. Qui la défend donc zizanie.

Pour couronner le tout nous avons eu des tas de problèmes techniques, l’installation est vieille, la maison est vieille : donc pas le choix, ou on bricole avec des frais, ou on fait faire avec des gros frais et nous n’avons pas d’argent.

Je l’ai déjà dit, rien ne change. Mon père faisait tout, aucun homme ne l’aidait, ni mes beaufs, ni mon frère, seul mon mari était bricoleur. Je ne dis pas que c’est une tare de ne pas bricoler, mais de ne jamais donner le moindre coup de main en est une !

Après des années de galère sans bricoleur, Martine et moi avons revécu, respirer un grand coup avec l’arrivée des deux chéris de mes filles : Jim et Jéremy. De génération en génération. Fille de père adroit de ses mains, j’avais épousé un bricoleur, et mes filles n’aiment que les hommes bricoleurs et dégourdis. Ils sont plus que dégourdis ils savent tout faire.

Une panne d’électricité, noir total, un jour d’orage, et pas de chance Jérémy le seul capable d’aider était absent. Du coup Athéna a appelé son père, tout fier car c’est lui qui avait fait l’installation.

Sauf que moi je n’avais pas envie de le voir à la Sauvageonne ! Allez encore une tuile de plus dans les vacances.

Puis le puisard s’est bouché, parce qu’on a beau dire : pas de douches en même temps que la machine à laver ou lave vaisselle, rien à faire. Ces dames et demoiselles ne comprennent pas qu’on est pas en ville avec le tout à l’égoût.

Je l’ai déjà dit souvent, Martine, mes filles, gendres et moi même sommes très attachées à la maison, et nous avons les pieds sur terre.

Les autres donnent tous l’impression d’être des citadins qui débarquent de leur ville tout confort, ne savent pas comment fonctionne un chauffe eau, (d’ailleurs tous ignorait jusqu’au mot puisard), un compteur électrique, une tondeuse.

Je suis la première à aimer mon confort, à préférer vivre à la ville qu’à la campagne, mais je suis quand même capable de comprendre qu’à la campagne ça ne fonctionne pas pareil !

D’autant qu’il n’est pas interdit de se doucher, de faire une lessive ou un lave vaisselle, on demande juste de ne pas faire tout en même temps.

Mais cela créé des jalousies, forcément. Les gendres de Louisianne sont les meilleurs, du coup Louisianne et ses filles sont les chouchoutes…

Ben oui mais Louisianne aussi est toujours celle qui emmène Martine, fait l’ouverture et la fermeture de la Sauvageonne. Ben oui mais ceux qui s’occupent le plus de Martine, mes filles, mes gendres, gentils et prévenants, n’est-ce pas normal que ce soient les plus proches ?

Si ils savaient ! Je suis ravie que mes filles aiment la Sauvageonne, que mes gendres s’y plaisent. Et j’aimerais pouvoir la racheter, mais pas pour moi : pour mes filles. De toutes façons personne n’en voudrait.
Je ne revendique rien, je ne cherche pas à avoir un traitement de faveur. Je suis moi, c’est tout. Et leur regard et leur jugement, plus que jamais me pèse et me donne envie de fuir !

J’ai dit à Athéna : ça doit être mon caractère : quand je suis avec des gens qui ne m’apprécient pas vraiment, font peu de cas de moi, je m’étiole, je vais mal, même pas envie de m’habiller, de me maquiller. Elle m’a dit :
- Oui comme moi au boulot quand je n’ai pas de reconnaissance !

Excellente comparaison.

Bref je m’ennuyais. Artémis et Jérémy sortent avec leurs copains, ils sont les seuls à avoir des amis là bas qu’ils en profitent, mais ils ne vont à la fête qu’à minuit. Pour les autres Athéna, Jim et moi, qui ne sommes pas dans une ambiance repas-copain, attendre pour attendre avant de sortir…
ça fait qu’on va se coucher !

Une seule fois avec mon frère, ma sœur, et leur conjoint et enfants, mes petits jeunes (filles et gendres) et moi nous sommes allés dans un bar dansant à Petite Ville du Sud. C’était génial ! J’ai eu l’impression de revivre ! C’est vrai quoi, je sors plus l’année scolaire qu’en vacances !

Ma tribu est partie avant moi, j’ai fait la fermeture du bar avec mes jeunes, plus mon neveu Luigi que j’ai ramené dans le coffre de ma voiture.

Jérémy riait et avait repris son accent je riais en me rappelant mes soirées quand je sortais beaucoup. Snif.

Comme Athéna a eu aussi du mal à supporter les adultes de la tribu, j’ai beaucoup discuté avec mes filles :

- l’an prochain on part tous les 5, on loue un gîte, on emmène ton chien. On laisse mon chat et les poules ici (oui Athéna et Jim ont emmené leurs poules en vacances) et on en profite ! J’en ai marre, je veux changer de paysage.

J’ai décidé de venir moins à la Sauvageonne, deux semaines pas plus, et une semaine ailleurs et j’arrête les week-ends, trop de dépenses, de fatigue, tout ça pourquoi ?

J’aime la maison bien sûr, mais je viens surtout pour être avec mes filles, et surtout Athéna et Jim qui vivent loin de moi. 

Mais je connais trop, c’est bien pour se reposer mais plus rien à découvrir. Lire, me baigner, regarder des séries quand il pleut, ça va bien la première semaine pour décompresser, mais après c’est fini.

Il faut que ça bouge.

Et je n’étais pas au bout de mes mauvaises surprises, les vacances se sont mal terminées.

ps : comme d’habitude, je voulais faire court et j’ai fait un long billet !