Depuis que je fréquente les Paulette je vous ai souvent parlé des casse-pieds (restons polie) mais heureusement il n’y a pas que ça. 

Il y a peu de temps j’ai appris grâce des statistiques glanées je ne sais où, j’ai appris que dans une certaine tranche d’âge, la mienne, parmi les personnes vivant seules il y aurait plus de veufs et de veuves que de divorcés. 
Il faut croire que dans ma génération on ne divorçait pas tant que ça, ou alors peut-être que lorsqu’on on est borgne on ne voit que des borgnes et lorsqu’on est unijambiste on ne voit que des unijambistes comme disait ma grand-mère. 
En tout cas j’ai entendu beaucoup d’histoires de couples qui comme mes parents se sont mariés à un âge ” réglementaire ” et sont restés mariés jusqu’à la fin de l’un ou de l’autre, ou sont encore mariés. 

Le veuvage je sais ce que c’est. J’ai tellement entendu ma mère pleurer mon père. ” 20 ans ce n’est pas possible, je n’aurais jamais cru que ce serait si long, je voudrais le rejoindre ! ” 
Plus récemment ma tante, sœur de Martine qui a perdu son mari un an avoir avoir perdu sa sœur (ma mère donc) me disait combien c’était dur d’enterrer celui qu’elle avait connu à 16 ans. L’unique homme de sa vie.

Étant d’un naturel optimiste et plutôt positive, je disais souvent à Martine : ” mais ne te plains pas ! Tu as vécu une belle histoire ! Il y en a qui n’ont jamais connu ça ! “ 

Mais passons aux Paulette et à leurs histoires. 

Le premier exemple c’est Dahlia. Ce n’est pas la plus âgée du groupe, elle a 62 ans. Son mari est décédé d’une longue maladie, infirmière, elle l’a accompagné jusqu’au bout. Ce n’était pas son premier mariage, elle s’était mariée très jeune et a eu un fils, puis a divorcé très rapidement. Ensuite elle a rencontré son second mari qui avait deux filles. Ils se sont mariés, ils étaient tous les deux la trentaine. Cela faisait tellement longtemps qu’ils étaient ensemble que leur vie ressemble à celles des couples qui se sont connus jeunes. Dahlia est veuve depuis 3 ans. Elle dit souvent combien c’est dur, combien c’est encore très frais. Pour couronner le tout elle est empêtrée dans des problèmes de succession car les filles de Monsieur n’admettent pas qu’elle hérite. Monsieur s’en doutait puisqu’il a pris ses précautions avant sa mort pour protéger sa femme. 
Cependant Dahlia est très contradictoire dans son discours et ” dans ses rêves” je dirais. Elle dit qu’elle veut trouver un autre homme, qu’elle va s’inscrire sur des sites. Mais elle met la barre très haut, il faut qu’il soit beau, intelligent et qu’il ait un train de vie correct car elle ne veut pas de quelqu’un qui soit intéressé ou vive à ses crochets (ce en quoi elle a raison). Mais ça ne l’empêche pas de dire que ” c’est trop frais, de toutes façons je ne trouverai jamais l’équivalent “. 
Je croise beaucoup de femmes comme ça : elles ont été jeunes et jolies. Elles pensent qu’elles peuvent reprendre leur jeunesse là où elles l’ont laissée avant leur mariage, qu’il suffit de se pointer sur le marché de la séduction pour être courtisée comme du temps des boum… Qu’elles aient pu vieillir, qu’elles soient moins séduisantes, qu’il y ait de la concurrence, ça elles ne le voient pas. 
J’ai souvent envie de lui dire ” laisse tomber ” vous connaissez mon opinon sur la question. 
Je vous rassure il y aussi des hommes dans le même cas.
Mais je m’égare….

Le deuxième exemple c’est Irène. Irène a 68 ans. Elle a été veuve à 60 ans. Son mari a également été malade. Elle en parle souvent, elle dit combien c’est dur, que c’est arrivé beaucoup trop tôt, qu’elle aurait aimé faire encore beaucoup de chemin avec lui. 
Irène a 4 enfants et 5 petits enfants dispersés aux 4 coins de l’Europe. Enfin 3 en France et un au Portugal. Irène va souvent garder les petits enfants, surtout pendant les vacances scolaires. Parfois elle fatigue : 
Tu comprends les petits enfants, c’est fatiguant. 
Et puis quand je suis chez mon fils, c’est ma belle-fille qui décide de tout, je suis moins à l’aise. Il y a des “maisons ” où je suis bien et d’autres non. Ma fille n’habite plus ma ville et quelque part je dirai tant mieux ! J’avais trop souvent mon petit-fils. Et puis je veux bien rendre service, mais je trouve qu’elle me considère mal et me parle mal !
Irène a rejoint les Paulette car elle ne veut pas de groupes où il y a des hommes. Très timide, discrète elle se méfie des blagues lourdingues et a toujours peur d’être ” sympa sans le vouloir ” et de donner des idées à certains. Je lui explique que des lourdingues il y en a partout et que ça n’a rien à voir avec son attitude ou le fait d’être sympa. Il faut juste leur mettre les points sur les I.
De mon point de vue qui n’engage que moi, Irène est réaliste. Une veuve reste veuve, elle a toutes les chances de finir sa vie seule. Et comme elle dit et comme je l’ai entendu dire souvent : vieillir ensemble ce n’est pas pareil, mais maintenant à mon âge, si j’avais l’idée folle de refaire ma vie comme on dit, je deviendrai vite une garde malade ! 

Le troisième exemple c’est Annabelle. Annabelle a 69 ans. Elle est veuve depuis 5 ans et vient de perdre sa mère. Annabelle a 2 enfants adultes qui ne vivent pas loin d’elle. Elle parle souvent de son mari, elle dit que c’est dur.  Elle parle de cette vie où tous les deux travaillaient beaucoup, toutes ces heures sans se voir, ces soirs où ils rentraient épuisés sans le temps de rien faire. Et puis quand il a fallu payer les études des enfants et leur payer aussi un studio, on avait même plus les moyens de partir en vacances. Maintenant il n’est plus là et les enfants sont partis.
Parfois je ne sais pas pourquoi je me lève ! 
Ses deux filles sont en couple, l’un des couples ne veut pas d’enfants. Pour l’autre couple ils voudraient mais ça ne fonctionne pas, mais elle n’est sûre de rien car elle ne pose pas de questions. Annabelle dit  : avoir des petits enfants ça donnerait un sens à ma vie.
J’avoue que cela me laisse un peu dubitative. Je ne m’imagine pas dire une telle phrase, ni penser que ma vie aurait plus de sens si j’étais grand-mère. 
Annabelle voyage beaucoup le plus souvent seule, elle a des amis dont je suis, une maison à la mer en plus de celle en ville. C’est dur la solitude, le sujet revient souvent et je ne dirai pas le contraire. 
Elle dit que si dans 6 mois elle n’est pas grand-mère peut-être qu’elle prendra un chien, mais ce n’est pas facile pour voyager. 

 


Je connais aussi un veuf Gérard que j’ai rencontré à RosevilleduSud et qui habite en terre sacrée*. Il n’a pas eu d’enfants avec sa femme qui en avait déjà deux, il s’est marié dans la trentaine. Lui aussi a accompagné sa femme dans une longue maladie. Il dit combien c’est dur, tout ce qu’ils ont fait ensemble, tous les voyages, les projets. Après il a eu quelques copines, mais comme il est trop gentil il est tombé sur des profiteuses voire squatteuses.
Maintenant il dit :  c’est terminé, je préfère rester seul, de toutes façons je ne retrouverai jamais l’équivalent de ma femme, jamais je ne retrouverai ce que j’ai perdu. 
Chaque fois qu’il visite une église il met un cierge pour sa femme. 
Lui aussi voyage beaucoup en voyage organisé mais il reste assez seul dans son village, il n’a pas envie de sympathiser. 

Que pensez de tout cela ? Je peux compatir, je peux comprendre, d’ailleurs je n’ose pas imaginer mes sœurs ou mon frère si un jour ils perdent leur conjoint. Je peux compatir mais je ne peux pas comparer. 
Et quand je disais à Martine : ne te plains pas, il y en a qui n’ont jamais connu ça ! 
Avais-je tort ou raison ? Non je n’ai jamais connu ça, mais quand je vois la souffrance, quand je vois le manque, je me dis que je devrais peut-être m’en réjouir ! C’est mon côté optimiste. 

La solitude je connais, je sais ce que c’est. Mais je ne pleure pas un conjoint disparu. Le deuil je sais ce que c’est aussi, mais pas ce deuil là. 
Je ne me dis pas qu’il faut que je sois grand-mère pour donner un sens à ma vie. Si je le suis un jour Youpi je serai gaga, mais si ça n’arrive pas ce ne sera pas un regret. La vie de mes filles ce n’est pas la mienne. 
Je ne rêve pas de trouver un vieux prince même pas charmant, parce que là encore ce serait attendre quelque chose d’improbable qui ne dépends pas de moi. 
Ce serait rêver de quelque chose ” qui donnerait un sens à ma vie “. Ma vie n’est pas dénuée de sens. 

Je précise tout de même que Martine se plaignait, mais ce n’est pas le cas des femmes et de l’homme que j’ai cités. Ils disent combien c’est dur, ils en parlent mais ne se plaignent pas. 

C’est bien triste le veuvage, et cela m’interpelle souvent. 


* Si vous ignorez ce qu’est la terre sacrée, cliquez ici.