À 18 h 30 j’attends Yvette devant son immeuble. Comme d’habitude elle prends tout son temps pour descendre alors que je suis mal garée. Nous partons vers l’Ouest. Elle me parle encore du gâteau qui était trop gros cet après-midi et invente des excuses pour sa copine qu’elle a imposé. 

Nous arrivons au restaurant il y a un grand parking. La salle est grande, tout en longueur avec des tables des deux côtés. Nous sommes accueillies par l’organisatrice qui nous indique notre table. C’est la dernière près des musiciens, une chanteuse et un saxophoniste. La musique est assez forte. Comme souvent dans ces cas là, l’organisatrice a réservé deux tables pour les gens qu’elle connaît bien et nous sommes la table de ” ceux qui ne connaissent personne “. Ça ne me dérange pas. L’organistrice nous explique que toutes les boissons sont à payer au bar. Je vois que déjà Yvette va râler parce qu’on est trop près de la musique. Je lui dis “ on se met là ” moi côté salle, elle côté banquette, deuxième place en partant du bout de table. Je lui demande de surveiller mon sac, bien qu’il soit planqué pendant que je vais aux toilettes et commander un verre. Je croise un grand type à peu près deux mètres, grisonnant pas mal du tout ce qui est rare vu que la moyenne d’âge est très haute. Yvette repère deux femmes qu’elle connaît à une autre table, je me dis qu’elle va sûrement vouloir changer de table, ce sera sans moi. 
Pendant que je commande au bar je la vois parler à la serveuse, elle va sûrement se plaindre du bruit. Mais on est là, on est là ! On ne va pas chipoter, surtout qu’on s’est rajoutées à la dernière minute, pour ne pas dire ” imposées par Yvette “. 

Quand je reviens à la table, Yvette discutte avec l’autre table je lui dis ” heureusement que je t’ai dit de surveiller mes affaires “, ça ne risque rien me dit-elle ! Ben voyons ! 

À ma table, à côté de Yvette, en face de la place vide à côté de moi s’est installé le grand type. Nous commençons à papoter. Une femme rejoint la table Isabelle mais se met à l‘autre bout de la table. Puis Yvette revient, forcément un mâle à notre table sacrée motivation ! Une autre femme nous rejoint et se met en bout de table en face d’Isabelle. Nous échangeons nos prénoms, Isabelle qui parlera peu tout le long du repas, Brigitte, Patrice et moi. Nous rions en disant que tous nos prénoms sont de la même génération, sauf Yvette bien sûr.
Yvette commence à entreprendre Patrice. En 5 minutes elle lui a raconté toute sa vie, j’ai fait 2 voyages, le gâteau de cet après-midi était trop gros, j’ai un chien. La musique commence et tout au long du repas nous essayons de deviner les titres et chanteurs ou groupes. Brigitte, Patrice et moi seulement. Il y a deux hommes qui viennent nous saluer, un qui connaît Yvette et moi, et un autre qui ne connaît que Yvette. Patrice se révèle être un type très sympa qui parle à tout le monde, qui fait des blagues, nous fait rire. Isabelle et Brigitte se sont rapprochées de nous car on comprends que nous n’aurons personne d’autre à notre table. C’est très long toutes les autres tables sont servies avant nous, nous n’avons pas encore pu commander. 
Yvette me demande si je veux bien partager une planche de tapas 9 €, je dis oui mais que je prendrai un plat après, elle n’a pas faim et ne commandera pas de plat. Patrice me propose de prendre une planche de 4 et de partager le prix lui et moi je dis oui bien sûr. Nous commandons, les deux femmes commandent un plat ainsi que Patrice et moi. Elle a pris un verre de vin comme nous au bar. Nous commandons aussi des verres avec le repas. 

Yvette a beaucoup monopolisé Patrice, elle ne parlait qu’à lui, même si parfois elle parlait à Brigitte pour faire bonne figure, parce que Brigitte l’avait déjà croisée dans des sorties. Yvette ne parle que d’elle, ne pose aucune question, et c’est à peine si elle me parle à moi en face d’elle. 

J’ai pas mal parlé avec Patrice. Il m’a dit qu’il danse le rock et la salsa, qu’il habite dans un petit village où il ne se passe rien. Il travaille à Paris, pas loin de l’endroit où je travaillais, nous parlons de Paris des trains que nous avons pris souvent qui vont vers le Sud. Je lui dis que j’organise pas mal de sorties à RosevilleduSud, si il veut me donner son numéro je lui proposerai. Je lui ai parlé des soirées dansantes et aussi de l’endroit où je prends des cours de danse. Il me donne son nom, il me dit qu’il est normand. Amusant je lui dis que j’ai beaucoup de famille normande et que ça explique pourquoi il est si grand. Aussitôt Yvette dit qu’elle va bientôt en Normandie. Je lui ai demandé si il a des enfants, bref conversation sympa. 
J’ai aussi beaucoup parlé avec Brigitte qui danse aussi la salsa et le rock, elle m’a parlé d’un voyage de danse, j’ai posé quelques questions à Isabelle mais elle ne parlait pas beaucoup. Nous avons aussi parlé bien sûr pas mal tous ensemble, de musique, des groupes que nous aimons. 

Yvette a encore ramené le sujet sur l’âge, elle a montré à Patrice une photo d’elle jeune, elle lui a demandé si elle avait de beaux yeux et faisait des blagues très limites. Heureusment le type était sympa, prenait tout à la rigolade. Yvette nous dit : ” Dans la rue on ne me regarde pas, on regarde mon chien ! “
Je dis :
- mais tu veux quoi au juste ? Que des types dans la trentaine te fasse du gringue ? Mes filles ont la trentaine on les regarde c’est normal, et je ne vais pas faire une crise parce que moi je n’ai plus leur âge !
Brigitte qui est coiffeuse dit que l’essentiel c’est d’avoir une hygiène de vie, d’être bien dans sa peau et qu’elle a une cliente de 100 ans resplendissante.
Je ne dis pas ce que je pense :  Yvette n’a pas envie d’être en bonne santé, de vieillir pas trop mal, elle a envie de plaire c’est une obsession ! Plaire jusqu’au cercueil ! Hihi !
Nous parlons aussi de nos complexes de jeunesse. 
Patrice dit sa date de naissance. Je dis ” ah c’est drôle, je suis née le même jour que toi ! Mais pas la même année ! “
Il me dit : oui je le vois à tes cheveux ! J’éclate de rire il a les cheveux gris et moi les cheveux noirs, il doit croire que je suis plus jeune que lui alors que je suis plus vieille, pas de beaucoup il est vrai. 
Quand elle ne peut pas parler d’elle, quand elle ne peut pas suivre les conversations ou que Patrice parle aux autres, Yvette se bouche les oreilles pour montrer que la musique est trop forte ou prend un air renfrogné. 

Les tapas arrivent. Nos partageons la planche, Yvette picore. Elle nous dit : ” je vais payer la planche parce que je ne prends pas d’autre plat, sinon je vais me sentir redevable “. Je lui dis si tu veux. 
Brigitte a pris une brochette avec des frites et fait profiter tout le monde de ses frites. Yvette picore aussi. Une des femmes à  l’autre table a pris une photo d’Yvette et de son voisin Patrice. Yvette est aux anges, elle la montre à Patrice en lui agrippant le bras. Je lui demande de me la montrer. J’imagine déjà Yvette la montrer à tout le monde en disant que c’est son homme ! Hihi ! 

Puis les plats arrivent. J’ai pris une tartiflette, je n’aurais pas du c’est énorme. Patrice a pris un énorme hamburger et lui aussi est surpris par la taille de la bête. Je le prends en photo avec son hamburger. Je lui ai envoyé la photo. 

C’est un peu long quand même la musique est bien mais pas dansante. Après le dessert, enfin juste café pour nous on danse un peu, les gens dansent seuls mais se rassoient vite. J’avais parlé avec Patrice des rocks que nous aimions dansé, il en veut un pas trop rapide. Nous nous levons pour danser, il ne connaît pas beaucoup de passes, je lui en montre une. Il est très grand plus d’une tête de plus que moi, ça fait bizarre de ne pas voir le danseur dans les yeux. Après la danse nous nous rasseyons. Un autre rock une jolie femme veut danser avec lui, il la prévient qu’il est nul. Brigitte danse avec un homme qu’elle connaît. Patrice se rassoit et dit que la danseuse a été déçue car il ne danse pas bien, il lui a parlé en dansant de ce que je lui ai montré, elle lui dit ” oui c’est la reprise “. Après il regarde les gens danser et dit ” regarde ils font tous ce que tu m’as montrée ! “. Yvette dira à Patrice qu’elle danse très bien, qu’elle sait tout danser, elle pense être invitée. Mais non. 

Ensuite Patrice veut encore danser un rock avec moi. Il essaye plusieurs fois la passe que je lui ai montrée. Puis nous nous rasseyons. À un moment je vois Yvette lui aggriper le bras et lui sussurer un mot à l’oreille tout en cachant sa bouche avec sa main. Il réponds : ” de toutes façons vous avez toutes du charme ! “ 
Je suis estomaquée ! Mais qu’est-ce qu’elle lui a dit ? Elle lui a demandé si il la trouve jolie ? Mon Dieu cette femme est une catastrophe ! Heureusement qu’elle n’est pas tombée sur un type qui ne rentre pas dans son jeu ou pire un qui la renverrait dans ses but méchamment.
Yvette dit j’ai envie d’un… je n’entends pas le nom c’est un digestif. Patrice se lève et va au bar. Yvette dit ” ah mais il va payer ! “.
Je lui dit ” oui pourquoi tu n’y vas pas toute seule “. Toujours princesse ! Patrice revient avec le Baileys. Yvette se lève et nous demande si on en veut un et revient avec 2 verres. Parce que sinon je ne paye rien. 

Malheureusement il n’y aura pas les salsa qu’on nous avait promis. 

La salle se vide assez vite. Isabelle nous quitte. Nous continuons à parler sauf Yvette qui se bouche les oreilles.
Elle me dit ” on va y aller “. Mais j’ai horreur de ça, c’est moi qui conduis, c’est moi qui décide. Bien sûr je n’avais pas l’intention de rester jusqu’à 2 h du matin, mais ça me rappelle trop Martine qui me disait comme elle faisait avec mon père ” allez on va y aller “. Non je ne suis ni chauffeur, ni taxi ! Donc je réponds ” non on attends un peu “. Finalement c’est Brigitte qui part nous nous échangeons nos coordonnées. Puis nous nous levons tous les 3. Yvette s’arrête papoter à la table de gens qu’elle connaît juste au moment de payer.
Je suis Patrice je lui dis ” attends Yvette voulait payer la planche ! ” Mais il est déjà à la caisse, il paye la moitié de la planche et ses plats, je prends l’autre moitié et mes plats. Il me parle d’une femme qui l’a alpagué tandis qu’il allait au bar, elle croyait l’avoir dejà vu. Il me dit “ tu crois qu’elle voulait me brancher ? “. Je ris. Ensuite il va aux toilettes, Yvette me rejoint, je lui demande si elle a payé la planche (on ne sait jamais elle aurait pu passer au bar à un moment). Elle me réponds qu’elle n’a rien mangé qu’elle n’avait pas faim. Nous attendons Patrice et sortons ensemble. Le sol est en bois, c’est  mouillé. Nous passons à côté d’un groupe, Yvette demande un bisou à l’homme qui nous avait salué en début de repas, je fais juste coucou. Ensuite Yvette s’accroche au bras de Patrice elle a peur de tomber, la pauvre !

On se dit au revoir, il a une heure de route. Une fois dans la voiture Yvette me dit ” Ah il était vraiment bien ce petite Patrice ! Si seulement j’avais 10 ans de moins ” . Je ris sous cape, j’ai presque envie de lui dire que moi j’ai son âge. Puis je lui demande ce qu’elle lui a dit à l’oreille quand il a répondu que nous avions toutes du charme. Elle hésite à répondre. Puis elle me dit ” je lui ai dit que Brigitte a beaucoup de charme, c’est vrai elle est pétillante… “.
Mouais… A t-elle vraiment dit ça ? Je lui dis :
- mais pourquoi tu lui as dit ça ?
- Je lui ai dit ça pour lui ! 
- Tu ne crois pas qu’il est assez grand ? Et qu’est-ce que tu sais de lui ? Tu ne sais pas si il cherche et peut-être qu’il a une copine ! Tout le monde n’est pas obsédé par la drague ! 
Et toc ! 
J’ai presque envie de dire :   Oh pourquoi tu n’as pas dit que moi j’ai beaucoup de charme ! Hihi ! 
J’ai des doutes. Je n’ai jamais entendu Yvette vanter le charme d’une femme. 

Yvette me dit que c’est une expérience mais qu’elle ne refera pas ça. Aller à un restaurant la nuit très loin très peu pour elle, trop fatiguant, trop bruyant. Je me dis : en tout cas ma vieille tu iras où tu veux mais ce sera sans moi ! 
Puis elle parle du repas et me dit ” je n’avais vraiment pas faim à cause du gâteau… Dommage que je n’ai pas vu les acras à 9 € je les aurais pris ! “ 
Non mais je rêve ! Pas faim tu parles Charles, radine oui ! Tout ce qu’elle a payé c’est 3 verres ! 
Elle me répète encore qu’elle danse très bien mais elle n’a plus de souffle. 

Je vois un SMS apparaître sur l’écran de ma voiture. Je ne l’affiche pas mais je dis histoire d’embêter Yvette : tiens c’est Patrice qui m’écrit ! 
Mais bon n’insistons pas elle pourrait me demander son numéro de téléphone et risquer de lui faire des avances le pauvre.

Je dépose Yvette chez elle, elle me dit qu’on se verra bientôt au thé dansant elle espère qu’il y aura des danseurs. 

Je dois reconnaître une qualité à Yvette ! J’ai passé une très bonne soirée ! Et sans elle je ne serai jamais à cette sortie !